2.16
Les trois composantes de l'âme humaine et des mots de la prière.
C'est une chose connue que l'âme humaine comprend trois éléments spécifiques, qui sont Néfesh, Rouaḥ et Néshama. Ils sont [respectivement] identifiés aux trois composantes que sont l'action, la parole et la pensée, qui sont le tout de l'homme (1).
En outre, chaque mot (2) comprend également ces trois composantes spécifiques : action, parole et pensée – soit Néfesh, Rouaḥ et Néshama. Ce sont les lettres (אוֹתִיוֹת), les marques de vocalisation (נְקֻדּוֹת) et les signes de cantillation (טְעָמִים) (3).
Pour le Zohar, les ta'amim sont la Néshama, les voyelles sont le Rouaḥ, les lettres sont le Néfesh (4).
Les lettres (אוֹתִיוֹת) sont le niveau de l'action, parce que sans voyelles, elles ne peuvent exister qu'au niveau de l'action, c'est-à-dire l'acte d'écrire, à la manière dont elles sont écrites, sans voyelles, dans un Séfer Torah.
Avec la parole en revanche, il est impossible d'exprimer les mots sans leur affecter des signes de vocalisation (5).
C'est pourquoi, s'agissant des lettres privées des voyelles, on parle du niveau de Néfesh, qui est le niveau de l'action comme on le sait (6).
Les marques de vocalisation (נְקֻדּוֹת) sont le niveau du Rouaḥ [des mots] comme on l'a indiqué plus haut. Les voyelles sont associées aux lettres par la parole de l'homme, qui est le niveau de Rouaḥ [l'esprit/le souffle]. De même que l'essentiel de la force vitale de l'homme vient du niveau de Rouaḥ qui est en lui, de sorte que si le Rouaḥ sort de lui, il meurt (7), même si une part de son Néfesh reste en lui, comme on le sait, de même l'essentiel de l'existence et de la vie des lettres réside dans les voyelles, sans lesquelles il est impossible de verbaliser des lettres. C'est ce qui est écrit à plus d'un endroit dans les Tiqounim : « Quel est le sens de ''sage'' (maskilim) ce sont les voyelles ; ''brilleront'' (Iyazhirou) ce sont les voyelles qui illuminent les lettres. (8) »
Les signes de cantillation (טְעָמִים) sont le niveau de la pensée et de la concentration du cœur, qui correspond, comme on le sait, au niveau de Néshama.
Ils permettent l'expression des lettres et des voyelles avec toutes leurs significations particulières, travail de la pensée et de l'intellect. Comme l'écrit le Zohar haQadosh : « des chaînons d'or » c'est l'animation des ta'amim. [on dit ''d'or''] parce qu'ils proviennent de la tête du Roi, pour apporter connaissance et intelligence à toutes les lettres. » Voyez là-bas pour les détails précis sur la relation entre ta'amim, voyelles et lettres (9).
Les mouvements des ta'amim rectifient et accomplissent avec intelligence et connaissance. Tous leurs déplacements sont [inspirés par] la sagesse et le discernement. Ils sont la perfection de tout. Où se trouvent-ils dans l'homme ? C'est le secret intérieur, celui de la connaissance et de l'intelligence, statique ou en mouvement, il est toute connaissance et discernement (10).
C'est pourquoi ces signes de cantillation sont appelés ta'amim [qui signifie également raison, sens, goût] ; de même la raison et l'explication de toute question est l'intellect caché au sein de cette question qu'une personne peut appréhender par la pensée.
« Les lettres, relativement aux voyelles, sont comme un corps par rapport au Rouaḥ (…) et le siège des voyelles est le Néfesh. La Néshama est la couronne (Kéter) sur chacun d'eux, et de là viennent les couronnes, qui sont les signes de cantillation qui animent voyelles et lettres. Les ta'amim dépendent de la pensée, les voyelles de la parole, et les lettres de l'action. (11) »
C'est pour cela que la personne qui veut véritablement servir HaShem avec l'intention qui convient concentrera sa prière sur l'épanchement et l'attachement des trois niveaux de Néfesh Rouaḥ Néshama, qui constituent son âme. De sorte qu'au moment où elle articule chaque mot de la prière, qui comprend les trois niveaux de Néfesh Rouaḥ Néshama, les lettres, les voyelles et les ta'amim, elle renforce la pureté de son cœur, dans [un mouvement de] passion intense, qu'elle utilise pour relier et attacher les niveaux inférieurs avec les niveaux supérieurs au sein de la séquence des niveaux (12), son Néfesh avec son Rouaḥ, et son Rouaḥ avec sa Néshama (13). Elle les élèvera tous jusqu'à la racine du mot [prononcé] dans les mondes supérieurs.
C'est ce que Ḥazal ont voulu dire dans le Zohar : « ''Et les Sages'' sont ceux qui possèdent la sagesse de savoir comment prier, comment s'élever à l'aide des lettres, des voyelles et des ta'amim. » Voyez là-bas (14).
''Et ils ont la force de se tenir dans le Sanctuaire de HaShem'', de se tenir en prière, y compris toutes [les composantes] : les lettres, les voyelles et les ta'amim (15).

1 « זֶה כָּל-הָאָדָם » l'expression figure en Qohélet 12,13.
2 Dans ce contexte, il s'agit des mots de la prière.
3 Le terme « טְעָמִים » (ta'amim) désigne les signes de cantillation du texte de la Torah que l'on doit faire entendre lors de la lecture publique de la Torah. À chaque mot est associé une indication massorétique (neume) qui détermine la manière dont il doit être cantillé. Rabbi Ḥayim ne fait pas allusion ici au texte de la Torah, mais aux mots de la prière, qui, en général, ne sont pas affectés de ces signes traditionnels. Il fait plutôt référence à l'accent tonique qui permet de distinguer le sens d'un mot.
4 Rabbi Ḥayim introduit ici la Note 36 reproduite en fin de chapitre et intitulée : « Les ta'amim sont pour la lettre ce que l'âme est au corps. »
5 On peut lire un texte écrit en hébreu sans voyelles (lorsqu'on a une bonne connaissance de la langue), mais pour le lire à haute voix, il faudra nécessairement affecter, même mentalement, les lettres de marques de vocalisation. Lors de la lecture publique de la Torah en communauté, la coutume est qu'un fidèle, qui dispose d'un texte vocalisé, corrige les éventuelles erreurs du Ba'al Qoré dans la vocalisation ou les ta'amim.
6 Voir note 36.
7 Comme dans l'expression française : « rendre son dernier souffle. »
8 Tiqounéi Zohar, Introduction 4b qui cite Daniel 12,3 : « וְהַמַּשְׂכִּלִים-יַזְהִרוּ, כְּזֹהַר הָרָקִיעַ ». Le Rabbinat traduit : « Les sages resplendiront comme l'éclat du firmament. »
9 Zohar Ḥadash II Shir haShirim 22a, qui cite Shir haShirim 1,11 : « des chaînons d'or » c'est l'animation des ta'amim. [on dit ''d'or''] parce qu'ils proviennent de la tête du Roi, pour apporter connaissance et intelligence à toutes les lettres, et de ce fait, ils sont liés au même secret. Les voyelles et les ta'amim forment deux niveaux, et sont chargés de rectifier les lettres. Les lettres renferment de sublimes secrets, car elles viennent toutes du secret de la Ḥokhma supérieure à travers trente-deux voies qui viennent de Ḥokhma. Toutes les lettres sont gravées en-dessous (…) les sont gravées dans le secret, et sont appelées le corps de la Torah, par l'intermédiaire duquel sont enseignés et connus les secrets supérieurs. Les voyelles viennent du secret de l'esprit (Ḥokhma) pour maintenir les lettres, car une seule voyelle peut modifier le sens et l'implication d'un mot (…) Les ta'amim sont pour les lettres ce qu'une bride est à un cheval, pour le mener sur le chemin, à gauche ou à droite selon la volonté des ta'amim (…) C'est pourquoi toutes les lettres sont animées par le secret de ces deux [niveaux], voyelles et ta'amim tout ensemble.
10 Zohar Ḥadash II Shir haShirim 23b.
11 Tiqounéi Zohar Tiqoun 69 108a-b.
12 Cette succession des niveaux est décrite en détails dans le premier Portique, par exemple en P1C17.
13 Rabbi Ḥayim introduit ici la Note 37 reproduite en fin de chapitre et intitulée : « Séquences ordinaires de pensée, parole et action, et Téshouva. »
14 Zohar Ḥadash Tiqounim II 66a.
15 Zohar Ḥadash Tiqounim II 72a citant Daniel1,4.
