3.3
Tout est HaShem, exclusivement
Pour le rétablissement de la santé de nos amis Aharon ben Sarah, Avraham Raphaël ben Rivqa, Shelomo ben Émelie, Yohan Hai ben Gabrielle, Hélène-Esther bat Corinne, à la protection de nos héroïques soldats, et à tous ceux qui ont besoin de l'aide du Ciel…
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C'est là (1) le sens du concept qu'exprime le verset : « Est-ce que Je ne remplis pas le ciel et la terre ? [dit HaShem] (2). »
C'est encore plus explicite dans le verset de Dévarim « Reconnais à présent, [et imprime-le dans ton cœur,] que HaShem seul est Éloqim, dans le ciel en haut comme ici-bas sur la terre, qu'il n'en est point d'autre ! (3) »
Et de même : « Toi, tu as été initié à cette connaissance : que HaShem seul est HaÉloqim, qu'il n'en est point d'autre. (4) »
Ces enseignements doivent être pris littéralement. C'est-à-dire qu'il n'existe absolument rien en dehors de Lui, de quelque manière que ce soit, ni en aucun détail des mondes supérieurs et inférieurs et de toutes les choses créées : il n'est rien d'autre que l'Essence unique et sublime de HaShem.
C'est la signification profonde de cet enseignement de Ḥazal : « Autre explication [du verset] : ''Car HaShem est HaÉloqim'' : Nos maîtres ont enseigné : Yithro [a attribué une valeur à l'idolâtrie, comme il est écrit : ''Maintenant je sais que HaShem est plus grand que tous les dieux.'' (Shémot 18,11)] Na'aman (5) [reconnut en partie comme il est écrit : ''je reconnais qu'il n'y a point de dieu sur toute la terre, si ce n'est en Israël !'' (II Rois 5,15).] Raḥav (6) [Le plaça dans le Ciel et sur la terre comme il est écrit : ''C'est qu'aussi HaShem, votre Éloqim, est Éloqim en haut dans le Ciel comme ici-bas sur la terre'' (Yéhoshou'a 2,11). [Mais] Moshé L'a placé dans l'espace vide du monde, comme il est écrit : ''HaShem seul est HaÉloqim, il n'en est point d'autre.'' Que signifie ''il n'en est point d'autre'' ? Pas même dans l'espace de l'univers. (7) »
Ce qui est également inclus dans L'enseignement de Ḥazal : « Il est le Lieu de l'univers, mais l'univers n'est pas Son Lieu. (8) »
Cela signifie que, bien que tout endroit soit perçu [par nos sens et notre intellect] comme ayant une existence indépendante, il n'en est rien [en réalité], et aucun d'entre eux n'a d'existence en dehors de Lui. Il est le Maqom, l'espace de tous les espaces, et de Son point de vue, ils sont tous comme s'ils n'avaient aucune existence, y compris maintenant, c'est-à-dire exactement comme avant la Création.
Néanmoins, comme on l'a dit au premier chapitre, les enseignements de Ḥazal sont comme des charbons ardents, et par conséquent, au niveau de l'intellect, on ne doit pas les approfondir à l'excès, au risque de se brûler, ḥas veSHalom, au feu de concepts qui sont largement au-dessus de nos capacités intellectuelles.
C'est le cas du concept très profond de Maqom.
Ce concept ne peut être manipulé que par une personne sage, capable d'en comprendre par elle-même la profondeur, à partir de ses propres connaissances et selon la mesure de son cœur « allant et venant9 », et dans le but de purifier son cœur avant de s'engager dans le service de la prière.
Cependant, un engagement intellectuel trop approfondi dans cette direction peut s'avérer extrêmement dangereux, et c'est à ce sujet que le Séfer Yétsirah a mis en garde : « Si ton cœur t'entraîne à la poursuite [de ce sujet], reviens au Maqom » comme je l'ai écrit au chapitre précédent, et sur quoi je reviendrai, avec l'aide de D., au chapitre six [du présent Portique].
En vérité, j'ai pensé m'abstenir complètement de traiter ce sujet, à l'instar des Rishonim de mémoire bénie, qui l'ont largement dissimulé, comme on le voit des paroles du Roqéaḥ, le Saint homme de D.ieu, qui ont été rappelées ci-dessus (10), qui ne s'exprimaient que par allusion, car « l'homme loyal sait les tenir cachés (11) » et qui ont dissimulé le sujet.
Mais « je me suis arrêté pour observer (12) » que [cette attitude] était adaptée à leur génération. Cependant, à l'heure actuelle, alors que nous avons connu une longue période sans Maître (13), et où « Aux yeux de l'homme, toutes ses voies paraissent droites (14) », au point qu'ils suivent leur esprit là où il les mène. « L'inclination des pensées du cœur (15) » d'une personne ne fait que « faire voler ses pensées » vers le penchant de son intellect (16). Plus encore, Ils en viendront à affirmer que c'est là [l'essence] de la Torah, telle qu'elle s'applique à l'homme, et elle devient « une parabole dans la bouche d'un sot. (17) »
Ils disent : « Tout lieu et toute chose ne sont-ils pas pure Divinité ? » et ils consacrent leurs yeux et leurs cœurs à l'approfondissement de ce concept, à quoi ils passent tout leur temps. C'est au point que « ceux qui sont aisément détournés (18) » sont conduits, sous l'influence de leur cœur, à réduire à ce concept toutes leurs actions et tous leurs comportements, selon l'interprétation de leur esprit.
On doit se montrer extrêmement prudent à cet égard, et s'entourer de nombreuses protections.
Car si l'on en venait à aligner sa pratique sur cette idée, ḥas veShalom, à agir et à se conduire selon elle, il pourrait en résulter la destruction de nombreux principes de base de notre sainte Torah, D. nous en préserve.
On peut aisément tomber dans les filets du penchant au mal, et se servir de cette idée pour s'autoriser certaines choses, par exemple, avoir des pensées de Torah dans des lieux répugnants (19), après avoir conclu que tout est D.ieu (20).
Ḥazal se sont vigoureusement opposés à cela, en affirmant que celui qui a des pensées de Torah dans un endroit malpropre ne mérite aucune part dans le Monde futur, ḥas veShalom (21). Une telle conduite relève de l'injonction : « Car il a méprisé la Parole de HaShem (22) », qui inclut celui qui a des pensées de Torah dans les lieux malpropres. La fin du verset précise « הִכָּרֵת תִּכָּרֵת הַנֶּפֶשׁ הַהִוא » (retranchée, cette âme sera retranchée) que Ḥazal expliquent ainsi : retranchée (hikaret) dans ce monde-ci, et retranchée (tikaret) dans le monde futur (23).
Il y a beaucoup d'autres erreurs que l'on peut commettre, ḥas veShalom, du fait d'une telle application de ce concept.
C'est ce qui m'a amené à en parler, pour mettre en garde et pour éloigner [les gens] des erreurs qui peuvent être commises à ce sujet, ḥas veShalom, et à expliquer dans leur contexte toutes ces notions, auxquelles nos Maîtres de mémoire bénie font allusion, car toutes les Voies de HaShem sont justes, et « il est temps d'agir. (24) »

1 Ce chapitre prolonge directement le chapitre précédent.
2 Yermiyahou – Jérémie 23,24 : « הֲלוֹא אֶת-הַשָּׁמַיִם וְאֶת-הָאָרֶץ אֲנִי מָלֵא, נְאֻם-ה׳ ».
3 Dévarim – Deutéronome 4,39 : « וְיָדַעְתָּ הַיּוֹם, וַהֲשֵׁבֹתָ אֶל-לְבָבֶךָ, כִּי ה׳ הוּא הָאֱלֹקִים , בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל וְעַל-הָאָרֶץ מִתָּחַת: אֵין, עוֹד » Ce verset figure à la fin de la dernière des prières de la semaine et des fêtes : « עָלֵינוּ לְשַׁבֵּחַ »
4 Ibid 4,35 : « אַתָּה הָרְאֵתָ לָדַעַת, כִּי ה׳ הוּא הָאֱלֹקִים: אֵין עוֹד, מִלְּבַדּוֹ »
5 Na'aman, général du roi de Syrie, est atteint de lèpre. Après diverses péripéties, il est guéri miraculeusement par l'entremise du prophète Élish'a, et reconnaît la suprématie de HaQadosh Baroukh Hou (II Rois, début du cinquième chapitre.)
6 Raḥav est une prostituée (ou une aubergiste) qui accueille et cache les explorateurs envoyés par Yéhoshou'a pour se renseigner sur le pays avant d'en entreprendre la conquête. (Yéhoshou'a, chapitre 2)
7 Dévarim Rabba Waètḥanane 2,28. Les déclarations des trois premiers protagonistes (Yithro, Na'aman et Raḥav) ne figurent pas dans notre édition. Supposant (comme souvent) ces versets connus, Rabbi Ḥayim n'a retenu que l'enseignement de Moshé, qui est au plus haut niveau de connaissance du Divin.
8 Béreshit Rabba Wayétsé 68,9.
9 C'est-à-dire en gardant le contrôle. Voir la citation du Séfer Yétsirah sur Yéḥezqel 1,19, au chapitre précédent.
10 À la fin du chapitre précédent.
11 Mishléi – Proverbes 11,13 : « נֶאֱמַן-רוּחַ, מְכַסֶּה דָבָר ». On a retenu la leçon du Rabbinat, mais on pourrait aussi traduire : « l'esprit fidèle dissimule la chose (ou la parole). »
12 Citation stylistique de Qohélet – Ecclésiaste 9,11 : « שַׁבְתִּי וְרָאֹה ».
13 Certains ont vu dans cette formule une allusion à la période qui a suivi la mort du Gaon de Vilna intervenue en 5558 (1797).
14 Mishléi – Proverbes 21,2 : « כָּל-דֶּרֶךְ-אִישׁ, יָשָׁר בְּעֵינָיו ».
15 Béreshit – Genèse 6,5 : « וְכָל-יֵצֶר מַחְשְׁבֹת לִבּוֹ » dans le contexte de la génération du déluge.
16 La personne croit connaître les voies de la Torah, mais en réalité ses pensées s'égarent, et elle fait fausse route.
17 Mishléi – Proverbes 26,7 : « וּמָשָׁל, בְּפִי כְסִילִים ».
18 L'expression est empruntée à Sotah 46b (qui interprète II Rois 2,23.)
19 Voir P4C27.
20 Par conséquent, peu importerait l'endroit où l'on se trouve, et il serait permis de se laisser aller à des pensées de Torah dans des lieux malpropres ou malodorants. Rabbi Ḥayim rappelle les paroles des Sages qui proscrivent absolument une telle conduite.
21 Berakhot 24b.
22 Bamidbar – Nombres 15,31 : « כִּי דְבַר-ה׳ בָּזָה, וְאֶת-מִצְוָתוֹ הֵפַר; הִכָּרֵת תִּכָּרֵת הַנֶּפֶשׁ הַהִוא, עֲוֹנָה בָהּ » Rashi rapporte cette mise en garde à l'idolâtrie.
23 Sanhédrin 90b.
24 Expression empruntée à Téhillim 119,126 : « עֵת, לַעֲשׂוֹת לַה׳- הֵפֵרוּ, תּוֹרָתֶךָ ». Littéralement : « [c'est] le temps d'agir pour HaShem : on a transgressé Ta Torah ! » La formule est utilisée dans plusieurs circonstances halakhiques (par ex. Berakhot 54a) pour indiquer que les circonstances de l'époque exigent que l'on modifie une pratique ou qu'on en institue une nouvelle.
