Note 34
Rabbénou Yona : La pensée doit se concentrer sur le Créateur et non sur la dimension matérielle de la Création.
Rabbénou Yona de mémoire bénie (1) écrit, au sujet de l'enseignement de Ḥazal : « celui qui prie doit diriger son regard vers le bas et son cœur vers le haut. »
Voici ses paroles saintes :
« Cela signifie qu'il doit examiner son cœur comme s'il se tenait dans les Cieux, et ôter de son cœur tous les plaisirs de ce monde et toutes les jouissances du corps, au modèle des anciens Maîtres qui, lorsqu'ils voulaient se concentrer, [se] disaient [à eux-mêmes] : détache ton corps de ton Néfesh.
Lorsqu'il est parvenu à [ce niveau] de pensée, il doit encore considérer qu'il se tient dans le Temple qui est ici-bas [dans ce monde], parce qu'ainsi, sa prière sera mieux acceptée devant HaShem. Je l'ai entendu de mon Maître. »
On sait que Rabbénou Yona fut un disciple du Saint de HaShem, le Ramban (2) et ses paroles sont celles qu'a écrites le Ramban dans son commentaire de la Parashat Aḥaré Mot, sur le verset « Vous accomplirez mes ordonnances (3) » :
« [il s'agit de] ceux qui laissent de côté tous les aspects de ce monde, et ne s'en préoccupent pas, comme s'ils n'avaient pas de corps. Toutes leurs intentions et leurs pensées sont exclusivement orientées vers le Créateur. Ce fut le cas pour Ḥanokh et Éliyahou [haNavi], dont les corps et les âmes vivent éternellement, du fait de l'inclination de leurs âmes vers le Nom glorieux. »
C'est également ce que Rabbénou Yona a rapporté au nom des anciens Maîtres : « détache ton corps de ton Néfesh. »
Cela signifie que le corps et les plaisirs qui lui sont associés doivent être « méprisés à ses yeux (4) », au point qu'il est animé d'un fort désir d'en faire sortir le Néfesh, et que ce désir de son âme est orienté vers son Créateur béni soit Son Nom, comme s'il n'avait plus de corps, mais était devenu un des hôtes du Ciel qui servent le Très-Haut, et qui sont séparés et détachés de tous les aspects de ce monde-ci.
C'est le sens du commentaire de Rabbénou Yona : « il doit examiner son cœur comme s'il se tenait dans les Cieux », ce qui veut dire qu'il doit parvenir à [faire en sorte] que toutes les sensations du corps soient annulées pour lui comme la poussière de la terre. Toutes ces sensations se relieront exclusivement à l'âme, pour la connecter avec sa source dans les Cieux, dans un élan d'immense amour, au point que même si l'un de ces désirs séduisants de ce monde se présente devant lui, il le repoussera avec dégoût et détestation (5).
Ainsi qu'il est écrit : « Ceux qui aiment HaShem détestent le mal (6) » et aussi : « Louez HaShem dans les sphères célestes, louez-Le dans les régions supérieures ! (7) »

1 V. au Chapitre 1 du présent Portique les commentaires de Rabbénou Yona sur Yévamot 105b. Cet enseignement est cité par Rabbi Ḥayim en P2C14 et P2C18.
2 Rabbi Moshé ben Naḥman, dit Naḥmanide, (1194-1270).
3 Wayiqra – Lévitique 18,4 : « אֶת-מִשְׁפָּטַי תַּעֲשׂוּ ». Rashi commente : « Ce sont les préceptes énumérés dans la Torah, relatifs à la justice [comme l'interdiction du vol ou du meurtre]. Si elle ne les avait pas énoncés, les hommes auraient eu tout intérêt à le faire eux-mêmes. »
4 Téhillim – Psaumes 15,4 : « נִבְזֶה, בְּעֵינָיו נִמְאָס ».
5 C'est l'attitude qui était celle de Rabbi Ḥayim, selon le témoignage de son fils Rabbi Yitsḥaq.
6 Téhillim – Psaumes 97,10 : « אֹהֲבֵי ה׳, שִׂנְאוּ-רָע »
7 Téhillim – Psaumes 148,1: « הַלְלוּ-קָה:הַלְלוּ אֶת-ה׳, מִן-הַשָּׁמַיִם; הַלְלוּהוּ, בַּמְּרוֹמִים »
