3.6
La Halakha n'a de pertinence que dans l'environnement et la perspective de l'homme.
Pour le rétablissement de la santé de nos amis Aharon ben Sarah, Avraham Raphaël ben Rivqa, Yohan Ḥaï ben Gabrielle, Rivqa bat Sarah, Hélène-Esther bat Corinne,
Pour la protection de ceux qui résident en Erets Israël
* Pour la sauvegarde de nos soldats,
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Tous les principes de la Torah, qui comprennent tous les commandements positifs et négatifs, n'ont de pertinence que selon la perspective humaine (1), car il est certain que ce n'est que de notre point de vue qu'existent des différences entre les lieux : des endroits purs, où il nous est permis et même ordonné de dire et de penser des paroles de Torah, et des lieux souillés, où il nous est au contraire défendu de penser à des paroles de Torah.
De même, s'agissant du cadre des obligations qui proviennent de la Bouche divine, comme l'enseigne notre sainte Torah, n'était cet environnement de perception humaine relative, il n'y aurait absolument pas de place pour la Torah et les Mitsvot (2).
C'est vrai, en dépit du fait que HaShem, selon Sa perspective et Sa perception de Sa [propre] Essence, est uniformément présent, et emplit tout sans distinction, et sans la moindre différenciation ni modification en aucun lieu.
Car tout est pure et absolue Unité, inchangée, littéralement comme avant la Création.
Néanmoins, nous sommes incapables (et il ne nous est pas permis) de nous engager [profondément] dans ce concept extraordinaire, pour [tenter de] saisir la manière dont le Maître Unique emplit toute [la Création] et tous les lieux, dans une Unité sublime, et d'une manière absolument uniforme, ḥas veShalom (3).
Comme l'écrit le Roqéaḥ (4), et voici ses saintes paroles :
« Dans ce qui est trop extraordinaire pour toi, ne cherche pas [à approfondir, car tu n'as pas à te mêler des choses cachées.] (5) »
C'est ce qui est écrit au début de la Beraïta du Séfer Yétsirah, qui donne la perspective divine, à savoir qu'Il est le Créateur, qu'Il a tout créé [et il n'existe rien en dehors de Lui]. Et dans une autre Beraïta (6) : Si ton cœur poursuit [sa quête de ces concepts extraordinaires], retourne au « Maqom » comme il est écrit : « Et les Ḥaïot allaient et venaient, tel l'éclair (7) » [et une alliance a été conclue à cet égard.]
Cela signifie que, lorsque ton cœur pense au Créateur, à ce qu'Il est, à la manière dont Il se manifeste en tous lieux, par Ses actes, garde ta bouche de toute parole et ton cœur de toute pensée. Ôte cette pensée de ton cœur, et si ton cœur poursuit [malgré tout] une telle pensée, empresse-toi [de la chasser8], et de revenir à l'Unité du Maqom du monde, pour Le servir et Le craindre.
C'est à ce sujet qu'une alliance a été conclue, [qui nous engage à] ne pas penser au sujet de la Divinité, que les plus savants ne peuvent connaître.
C'est là ce que dit le Roqéaḥ.
« Toutes les milices célestes demandent : ''Où est le lieu de Son Honneur ?'' (9) » car elles ne sont pas capables de se connecter intellectuellement à l'Essence du concept de Son Maqom/le Lieu du monde, comme on l'a indiqué plus haut.
C'est ce qui est écrit dans le commentaire de Ḥazal : lorsque les anges disent « Béni soit l'honneur de HaShem, depuis Son Lieu », c'est qu'ils ignorent où est Son Lieu (10).
Moshé Rabbénou a sérieusement cherché à saisir ce concept, comme il est écrit : « Montre-moi donc Ta Gloire (11) », c'est-à-dire [fais-moi comprendre] le concept de Maqom, du Lieu de Sa Gloire. Sa demande n'a pas été acceptée.
Seul [HaShem] peut saisir Sa propre Essence. Il est [le seul] qui connaisse l'essence de ce redoutable concept caché « et les choses cachées ne sont que pour HaShem notre Éloqim. (12) »
Il nous est seulement permis de diriger notre intellect vers ce qui est autorisé, et « les [choses] manifestes [qui sont] pour nous [à jamais] (13) », accessibles à notre perception. De notre point de vue, HaShem est perçu comme contournant tous les mondes. Et malgré tout cela, par Sa simple Volonté, Il a dissimulé Sa Gloire de telle sorte que les mondes, les forces et les créatures, créées et renouvelées nous apparaissent comme des existences séparées.
Par conséquent, nous devons savoir d'une connaissance immuable et fixée dans nos cœurs, d'une « foi inébranlable (14) » que de notre point de vue, il existe sans nul doute des différences halakhiques entre certains lieux et d'autres sujets (15), comme je l'ai écrit plus haut, car c'est la pierre angulaire de notre foi, et la racine essentielle de la totalité de la Torah et des Mitsvot.
C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles, immédiatement après que nous nous soyons reliés intellectuellement à l'Unité divine par le premier verset du « Shém'a Israël (16) », nous disons : « Béni soit le Nom de Son Règne glorieux à tout jamais. (17) »
Comme on l'expliquera au chapitre 11, c'est le concept d'Unité qui s'exprime dans ce verset, et le terme « un - (אֶחָד) » permet de comprendre que le Maître unique béni soit-Il ne fait qu'UN avec tous les mondes et toutes les choses créées, dans une absolue et littérale Unité, où toutes les créations sont considérées comme « 'Ayin – néant », car il n'existe absolument rien en dehors de Lui.
Cependant, de peur que l'on tente de saisir intellectuellement, ḥas véShalom, l'Essence du quoi et du comment de ce concept (18), on fait suivre la récitation [du premier verset du Kriat Shém'a] de la formule « Béni soit le Nom de Son Règne glorieux à tout jamais », qui se rapporte à notre perspective, à savoir l'existence [apparente] de mondes et de créatures issues de Sa Volonté, qui requièrent Sa bénédiction, et sur lesquelles Il règne (19), comme on l'expliquera au chapitre 11.
C'est le sens de la formule : « Béni soit le Nom de Son Règne glorieux à tout jamais. »
(C'est pourquoi le Zohar désigne le premier verset du Shém'a comme « יִחוּדָא עִלָּאָה – Unité supérieure », et la formule « Béni soit le Nom de Son Règne glorieux à tout jamais » comme « יִחוּדָא תַּתָּאָה – Unité inférieure (20) », ainsi qu'on le comprendra.)

1 Tout l'édifice de la Halakha est fondé sur la perspective de notre perception de la Création : le temps, l'espace, la « réalité » matérielle. Ce qu'on appelle justement « le monde sensible », c'est-à-dire accessible à nos sens, fussent-ils améliorés par des télescopes, des microscopes, ou des accélérateurs de particules.
2 Bien que Rabbi Ḥayim affirme ici que tous les aspects de la Torah n'ont de pertinence que dans l'environnement où s'exerce la perception humaine, il ne mentionne que l'espace en tant qu'élément-clé de cet environnement. Il est pourtant clair qu'un autre élément de la perception humaine joue un rôle décisif, c'est le temps (qui est par ailleurs étroitement lié à l'espace, dont il est conceptuellement inséparable.) Le temps est le second paramètre-clé, et entre dans la définition même de nombreuses obligations halakhiques. Dans la quatrième partie des « Chapitres », Rabbi Ḥayim insistera sur l'importance des commandements liés au temps (מִצְווֹת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא), et notamment la prière à l'heure prescrite, mais aussi la sonnerie du Shofar, ou la Mitsva du Loulav.
3 On pourrait ici se demander pourquoi il faudrait interdire ce que l'homme est incapable de faire. En effet, quels que soient nos efforts dans ce domaine, les limites de notre compréhension nous empêchent de nous lier intellectuellement à ce niveau d'Unité. Il est clair cependant que nous avons le devoir de consacrer notre intelligence à ce concept. Il est l'axe principal de pensée sans lequel on ne pourrait accomplir la Mitsva de Kriat Shéma', dont la première phrase proclame l'Unité absolue (comme Rabbi Ḥayim le souligne à la fin du présent chapitre ainsi qu'en P3C8). En revanche, il ne nous est pas permis de nous bercer de l'illusion que nous pourrions comprendre complètement et profondément ce concept, parce qu'une telle illusion pourrait conduire à penser et à mettre en œuvre des pratiques non conformes à la Halakha (v. à nouveau P3C8), en négligeant le cadre de l'espace/temps dans lequel la Torah doit être observée. Non seulement de telles pratiques ne nous rapprochent pas du tout de HaShem, mais elles nous empêchent de L'unifier à notre environnement matériel, ce qui est le but même de notre engagement dans la Torah et les Mitsvot.
4 Séfer haRoqéaḥהִלְכוֹת חֲסִידוּת שֹׁרֶשׁ קְדוּשַׁת הַיִּחוּד – Cité à la fin de P3C2.
5 Ḥaguiga 13a.
6 Séfer Yétsirah 1,7.
7 Yéḥezqel – Ézéchiel 1,14 : « וְהַחַיּוֹת, רָצוֹא וָשׁוֹב, כְּמַרְאֵה, הַבָּזָק »
8 Littéralement : « Hâte-toi de ne pas penser [ce concept] ».
9 Zohar II Mishpatim 100b.
10 Ḥaguiga 13b. Dans la prière de la Qédousha (récitée deux fois par jour en semaine), on entend la déclaration et la réponse des différentes créatures célestes. Le premier groupe proclame : « Saint, Saint, Saint HaShem Tsévaqot, toute la terre est pleine de Sa Gloire » (Yéshayahou 6,3). Cela correspond à la perspective immanente, HaShem emplissant toute chose intégralement et uniformément. Le groupe suivant proclame : « Bénie soit la Gloire de HaShem depuis Son Lieu », ce qui correspond à notre point de vue, le Lieu de HaShem étant pour nous inconcevable.
Comme on l'expliquera plus loin dans ce troisième Portique, cette dimension de la Divinité en tant qu'Elle emplit uniformément toute chose est exprimée par le Tétragramme (Youd Qé Vav Qé). Sa dimension en tant qu'entité radicalement séparée et régnant sur la monde est exprimée par le Nom « Éloqim ». La troisième et dernière proclamation de la Qédousha, « HaShem régnera... », fait référence aux temps futurs, où l'on percevra que HaShem, qui emplit toute la Création, en est également le Roi. (v.P3C11)
11 Shémot – Exode 33,18 : « הַרְאֵנִי נָא, אֶת-כְּבֹדֶךָ ». Voir Rambam, Mishné Torah, Hilkhot Yessodéi haTorah 1,10 : « À quoi donc Moshé Rabbénou voulait-il atteindre lorsqu'il dit : ''Fais moi donc voir Ta Gloire'' ? Il demandait à connaître la vérité de l'Essence de HaQadosh Baroukh Hou, de sorte que son esprit en eût une connaissance comparable à celle qu'on a d'un homme dont on a vu le visage, et dont l'image s'est inscrite dans notre entendement où la notion de cet homme subsiste distincte de celle du reste des hommes. […] Mais HaQadosh Baroukh Hou lui répondit qu'il n'est au pouvoir de l'entendement d'aucun homme vivant, du fait qu'il est composé d'un corps et d'une âme, d'atteindre très clairement à cette réalité. » Le Midrash enseigne que les anges du Service eux-mêmes ne voient pas la Gloire divine (Bamidbar Rabba 178).
12Dévarim – Deutéronome 29,28 : « הַנִּסְתָּרֹת-לַה׳, אֱלֹקֵינוּ ».
13 Suite du verset : « וְהַנִּגְלֹת לָנוּ וּלְבָנֵינוּ, עַד-עוֹלָם ».
14Citation stylistique de Yéshayahou 25,1.
15 C'est-à-dire des composantes de la réalité des mondes, telle que nous la percevons.
16 Dévarim – Deutéronome 6,4 : « שְׁמַע, יִשְׂרָאֵל: ה׳ אֱלֹקֵינוּ, ה׳ אֶחָד ».
17 « בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד » Cette formule apparaît en Pessaḥim 56a, où elle est attribuée soit aux fils de Ya'aqov, soit aux anges du Service. Elle est habituellement récitée à voix basse (puisqu'en principe réservée aux anges), mais à voix haute le jour de Kippour, où les Juifs sont « comme des anges ».
18 Le professeur Gross traduit : « C'est une exhortation à ne pas rechercher la nature de ce phénomène [c'est-à-dire les dimensions de transcendance absolue en même temps que d'immanence de la Divinité], ni la manière dont il se manifeste. »
19 Celui qui « règne » est par définition séparé des entités sur lesquelles il règne. Le fait de désigner HaShem comme un Roi revêtu de Majesté est un attribut qui L'identifie comme séparé de nous. Voir par exemple Téhilim 93,1 : « ה׳ מָלָךְ גֵּאוּת לָבֵשׁ – HaShem règne, Il est revêtu de Majesté. »
20 Zohar I Béreshit 18b.
