3.8
La conscience du Tsimtsoum aide à la concentration, mais on n'en tirera pas de conséquence dans l'action !
Pour le rétablissement de la santé de nos amis Aharon ben Sarah, Avraham Raphaël ben Rivqa, Yohan Ḥaï ben Gabrielle, Rivqa bat Sarah, Hélène-Esther bat Corinne, Pour la protection de ceux qui résident en Erets Israël. Pour la sauvegarde de nos soldats,
<- Page précédente Page suivante ->
Par conséquent, comme l'enseigne le Arizal, il est interdit de se livrer à des spéculations sur le concept de Tsimtsoum, comme je l'ai écrit plus haut (1) : il ne nous est absolument pas permis de chercher à saisir ou à analyser l'essence du concept de [HaShem] en tant qu'Il est le lieu [Maqom] du monde, ou la manière dont toute chose est emplie de Son Unité absolue, ou encore [l'idée] qu'il n'existe absolument rien d'autre que Lui.
En vérité, ce concept est soumis à l'interdiction de chercher à connaître ce qui existait avant la Création.
Ḥazal l'apprennent d'un verset explicite de la Torah : « ''Car interroge les premiers jours, qui ont été avant toi, depuis le jour où Éloqim a créé l'homme sur la terre, et d'une extrémité du ciel et jusqu'à l'extrémité du ciel (...)'' et tu ne peux pas interroger [ce qui est au-dessus, au-dessous, devant (ou avant) ou derrière (ou après) (2) »
Le Arizal, qui a lui-même permis l'extraordinaire révélation de grands et puissants secrets, a également expliqué le sens profond de [l'interdiction déduite du] verset : « depuis le jour où Éloqim a créé l'homme [Adam] », qui fait référence au monde de Adam Qadmon (3). Il écrit à ce sujet qu'il ne nous également pas permis de parler ou de faire des recherches sur son essence, mais seulement sur les lumières qui émanent de lui [c'est-à-dire la manière dont se manifeste son essence]. De cette lumière, on ne peut interroger qu'à partir des émanations du [Nom de] 63 et en-dessous. Mais on ne peut [s'intéresser ni à son essence, ni aux] émanations du [Nom de] 72 (4). C'est pourquoi il nous est encore bien davantage interdit de chercher à analyser l'essence du concept de Tsimtsoum du point de vue divin (5).
Le Arizal ne produit d'explications approfondies qu'au sujet du concept de Qav, c'est-à-dire la manière dont l'essence divine se déploie en cascade à travers les mondes. Mais il n'aborde le concept de Tsimtsoum que brièvement, sans entrer dans aucun détail.
Voyez à ce sujet le début du Séfer Otsrot Ḥayim (6).
[Le Arizal] a seulement révélé le fait que le [le Tsimtsoum] existe, [à l'usage] d'une personne sage, capable de comprendre [cette dimension de la réalité] par elle-même. Une telle personne, honnête et sage, qui s'adonne à l'étude de la Torah et à l'observance des Mitsvot, et dont « l'esprit est fidèle à HaShem (7) », peut valablement connaître l'existence de cet extraordinaire concept, de manière générale, c'est-à-dire que le Maître unique emplit toute chose, et qu'il n'existe rien en dehors de Lui. Ainsi se renforceront la pureté et la sainteté de ses pensées au moment du service de la prière, et la concentration de son cœur, avec crainte et tremblement (8), vers le Maqom. HaShem est le lieu (Maqom) de l'univers, et ce concept est identique à celui du Tsimtsoum, comme on l'a expliqué plus haut (9).
C'est ce qu'enseignent nos Sages de mémoire bénie : « Celui qui prie doit orienter son cœur vers le Maqom (10). »
« Lorsque tu pries, ne [le fais pas comme une routine] mais cherche la miséricorde et la supplication devant le Maqom, béni soit-Il (11). »
C'est ce que Rabbi Éliézer enseignait à ses disciples : « Sache devant Qui tu pries (12). »
De la même façon, une telle [conscience] permet à un véritable serviteur de HaShem de concentrer la sainteté de ses pensées sur l'Unité de D.ieu, lorsqu'il prononce le mot « אֶחֳד » au premier verset du Kriat Shém'a. HaShem, de Son point de vue, est véritablement Un, y compris toutes Ses créations, d'une Unité absolue et inchangée, comme avant la Création, comme on va l'expliquer avec l'aide de D.ieu.
[Celui qui prie] doit également éprouver la crainte et manifester la volonté de ne transgresser aucun des commandements divins, car Il emplit tous les lieux de Sa Gloire, comme il est écrit : « Quelqu'un peut-il se cacher dans un lieu occulte, sans que Je le voie ? dit HaShem. Est-ce que Je ne remplis pas le ciel et la terre ? dit Hashem. (13) » et aussi du Roi David : « Je place HaShem constamment devant moi (14). »
C'est le concept de ḥilloul HaShem (15), mentionné sous la forme de « מְחַלְלֶיהָ - méḥaléléha (16) », que le Zohar décrit comme ḥalal, espace vide (17).
Une personne qui ne se préoccupe pas de la transgression des Mitsvot produit l'apparence, has veShalom, que là où elle se tient, il n'y a pas de présence divine, et par conséquent, elle n'hésite pas à violer les commandements divins. Comme l'enseignent Ḥazal : « Celui qui transgresse en secret, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Shékhina (18). »
(C'est la réponse à la question cruciale que pose tout homme sage, à savoir : comment le Arizal s'est-il permis de mentionner le concept même de Tsimtsoum, étant donné qu'il est interdit d'entreprendre des recherches dans ce domaine ?
D'après ce que nous avons expliqué, le concept de Tsimtsoum est en vérité lié à tous les lieux et à toutes les périodes, même dans ce monde-ci, pour « les individus que HaShem appelle (19) » à connaître l'existence de ce concept extraordinaire, pour les raisons que nous avons indiquées, [c'est-à-dire pour inspirer la concentration dans la prière, pour l'accomplissement du commandement de reconnaître l'Unité divine, et pour prévenir la faute.]
De même, le Zohar Raya Méhemna, le Zohar Tiqounim, et le saint homme de D.ieu Rabbi Shmouel, auteur du Chant de l'Unité mentionné plus haut20, et le Roqéaḥ mentionnent ce concept, par allusion pour celui qui comprend, comme on l'a expliqué à propos du Roqéaḥ (21) dans Shoresh Qédoushat haYiḥoud.)
Néanmoins, prends garde à ta vie, souviens-toi et n'oublie pas ce que nous avons expliqué : ce concept ne doit faire l'objet que d'une connaissance générale, selon la capacité de chacun. On ne doit pas chercher à approfondir ni faire l'analyse de ce concept, ḥas veShalom.
Il faut également être très attentif à ne pas tenter de traduire ce concept en termes d'action physique, parce que c'est ainsi qu'on en vient très facilement à des pratiques qui contredisent les fondements et les lois de notre sainte Torah, au sujet de laquelle il est écrit : « elle ne changera pas (22) ! »
Comme
il est écrit : « Tu sauras aujourd'hui, tu ramèneras
vers ton cœur, que HaShem est HaÉloqim dans le ciel au-dessus et
sur la terre en dessous, il n'en est pas d'autre. (23) »
Le verset parle de « ton cœur », à prendre dans son
sens précis : il s'agit d'une appréhension relevant uniquement
de l'intelligence du cœur (ouvnata
de-libba)
et de la mesure du cœur (shioura
de-libba),
et non d'une saisie intellectuelle complète.
C'est ce qu'ont
enseigné les Sages au sujet de la prière : « Qu'il
dirige son cœur
vers le Lieu » (haMaqom).

1 Voir P3C6.
2 Ḥaguiga 11b citant Dévarim 4,32 : « כִּי שְׁאַל-נָא לְיָמִים רִאשֹׁנִים אֲשֶׁר-הָיוּ לְפָנֶיךָ, לְמִן-הַיּוֹם אֲשֶׁר בָּרָא אֱלֹקִים אָדָם עַל-הָאָרֶץ, לְמִקְצֵה הַשָּׁמַיִם, וְעַד-קְצֵה הַשָּׁמָיִם »
3 Adam Qadmon représente le niveau le plus élevé des mondes créés (voir P2C17, notes de bas de page). C'est le Royaume de la Volonté divine, qui correspond au niveau d'âme de Yéḥida.
4 Pour le Professeur Gross les nombres 63 et 72 sont un décompte des lettres de deux Noms divins, comme on va l'expliquer, correspondant à des niveaux de révélation de la Lumière divine. Le Rav Fraenkel donne davantage de détails (Nefesh HaTzimtzoum, T1, page 522, note 153) : « Lorsque la Lumière est émanée du monde de Adam Kadmon, elle se sépare en dix Sefirot, qui forment les Sefirot du monde de tohou (le chaos). Ces Sefirot, contrairement à celles des autres mondes, sont sans aucune connexion les unes avec les autres, et du fait de leur absence d'interaction, elles se désintègrent, dans un processus appelé Shvirat haKélim (brisure des vases). C'est à cause de cette désintégration que le monde de tohou n'est pas inclus dans la liste des niveaux de mondes. Dans chaque niveau de monde, les Sefirot sont décrites selon de nombreux aspects. L'un d'entre eux s'analyse en une relation avec les différentes combinaisons des lettres hébraïques du Nom divin י־ה־ו־ה. Il existe quatre extensions usuelles, dans lesquelles les lettres sont entièrement épelées. Par exemple, la lettre ה peut de décliner en הא ou en הה. Ces quatre extensions sont identifiées chacune selon leurs valeurs numériques, et par la Sefira à laquelle elles se rattachent. Ainsi, 72 (עב - 'Av), c'est Ḥokhma ; 63 (סג - Sag), c'est Binah ; 45 (מה - Mah) est rattaché au groupe des six Sefirot de Ḥessed, Guévoura, Tiféret, Netsaḥ, Hod, et Yessod ; Enfin 52 (בנ - Ban) correspond à Malkhout. Malgré le fait que que les Sefirot Ḥokhma (72) et Binah (63) n'aient aucune relation dans le monde de tohou, la Sefira de Ḥokhma est tout de même à un niveau supérieur, tellement sublime qu'il ne nous est pas permis de chercher à en approfondir la connaissance.
5 Qui est lié à un niveau plus élevé que le Nom de 72 de Adam Qadmon.
6 Séfer Otsrot Ḥayim (cité au chapitre précédent) à la fin de la première section Sha'ar halgoulim Deroush Adam Qadmon :
« Il ne n'est pas permis de nous consacrer à la profondeur de cet homme [dans ce contexte, homme a la signification de Adam Qadmon] mais il est licite de se consacrer à et de parler de ce qui émane de lui. »
7 Téhillim – Psaumes 78,8 : « נֶאֶמְנָה אֶת-קֵאֵל רוּחוֹ ». Curieusement, le verset stigmatise au contraire ceux qui sont infidèles à D.ieu : « Et qu'ils ne soient pas, comme leurs ancêtres, une génération insoumise et rebelle, une génération au cœur inconstant et à l'esprit non sincèrement fidèle à Dieu. » (traduction du Rabbinat)
8 V. Psaumes 2,11 : « עִבְדוּ אֶת־ה' בְּיִרְאָה, וְגִילוּ בִּרְעָדָה » Servez HaShem avec crainte, et réjouissez-vous avec tremblement. »
9 Dans les premiers chapitres du présent Portique.
10 Berakhot 31a. La version courante de cette Guémara est plutôt : « orienter son cœur vers le Ciel » et non « vers le Maqom ». La source de cette dernière version est à trouver dans la Tossefta Berakhot qui ne porte que « concentrer son cœur. » Rabbi Ḥayim disposait certainement d'une version qui mentionnait « Maqom ». Quoi qu'il en soit, l'idée est la même.
11 Avot 2,13, cité également en P3C1.
12 Berakhot 28b.
13 Yermiyahou – Jérémie 23,24 : « אִם-יִסָּתֵר אִישׁ בַּמִּסְתָּרִים וַאֲנִי לֹא-אֶרְאֶנּוּ, נְאֻם-ה׳: הֲלוֹא אֶת-הַשָּׁמַיִם וְאֶת-הָאָרֶץ אֲנִי מָלֵא, נְאֻם-ה׳».
14 Téhillim – Psaumes 16,8 : « שִׁוִּיתִי ה׳ לְנֶגְדִּי תָמִיד », verset qu'on trouve parfois inscrit au-dessus de l'Arche de certaines Synagogues.
15 Profanation du Nom divin, par la transgression des commandements.
16 Shémot – Exode 31,14. Il s'agit ici de celui qui a profané le Shabbat.
17 Zohar Introduction 6a.
18 Qiddoushine 31a. Il affecte la relation entre l'homme et la <Présence divine, au point de donner l'impression de Son absence.
19 Citation stylistique de Yoel – Joël 3,5. Le Rabbinat traduit : « ceux qu'élira HaShem. »
20 En P3C4.
22 Téhillim – Psaumes 148,6 : « וַיַּעֲמִידֵם לָעַד לְעוֹלָם; חָק-נָתַן, וְלֹא יַעֲבוֹר ». Le Rabbinat traduit : « Il les maintient jusque dans l'éternité, Il leur a tracé des lois qui sont immuables. »
23 Dévarim – Deutéronome 4,39 : « וְיָדַעְתָּ הַיּוֹם, וַהֲשֵׁבֹתָ אֶל-לְבָבֶךָ, כִּי ה׳ הוּא הָאֱלֹקִים , בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל וְעַל-הָאָרֶץ מִתָּחַת: אֵין, עוֹד »
