3.10
La force vitale descend de Éloqim par l'enchaînement des mondes.
Pour l'élévation de l'âme du Rav Ron Moshé ben Aviva, ztsl
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En poursuivant notre développement du concept de deux perspectives, celle de HaShem et celle de l'homme comme on l'a mentionné plus haut (1), nous allons établir une nouvelle distinction entre ces deux noms divins, HaShem (le Tétragramme) et Éloqim (2).
Éloqim signifie le Tout-Puissant (3), comme on l'a montré brièvement dans le premier Portique.
Expliquée de manière plus détaillée, l'expression « Tout-Puissant » signifie que chaque force, de la plus basse à la plus sublime tire son existence et sa force vitale du niveau placé immédiatement au-dessus d'elle, et qui est la Néshama qui irrigue son essence intérieure.
Comme on le sait des paroles du Arizal, la lumière et l'essence intérieure, l'âme de chaque force et de chaque monde est l'apparence extérieure de la force et du monde qui est au-dessus d'elles. Cette séquence s'étend vers le haut jusqu'aux niveaux les plus élevés et englobe toutes les forces (4).
Toutes les créatures et toutes les forces de ce bas-monde dérivent [leur force et leur capacité d'action] d'un amalgame des quatre éléments (5). La racine de ces éléments, ce sont les quatre anges qui sont appelés « les quatre camps de la Shékhina », représentés par ARGM''N (א־ר־ג־מ־נ) (6).
La racine de ces quatre anges, ce sont les quatre animaux de la Merkava (7), qui comprennent la racine de tous les êtres créés dans le monde d'en-bas. Car la racine de l'âme des myriades d'animaux s'épanche vers le bas depuis la face du lion sur la Merkava, et l'âme de toutes les bêtes domestiques descendent de la face du bœuf, et toutes celles des oiseaux depuis la face de l'aigle, comme le rapporte le Zohar : le secret des sacrifices, la face d'un bœuf répand l'esprit sur les animaux domestiques (8).
C'est pourquoi les espèces dont la forme et le nom ressemblent à la forme et au nom qui se trouvent sur la Merkava sont les rois [de chaque groupe] comme l'ont enseigné Hazal : « [Le roi des animaux est le lion, le roi des bêtes domestiques est le bœuf, le roi des oiseaux est l'aigle, et l'homme s'élève au-dessus d'eux, et HaShem S'élève au-dessus d'eux tous et du monde entier.] (9)
Le lion est le roi des animaux (10).
L'âme de l'homme provient du visage de l'homme, c'est pourquoi l'homme est élevé au-dessus d'eux tous, parce que le visage de l'homme est l'essence et comprend toutes les quatre faces de la Merkava.
Ainsi qu'il est écrit : « Et au milieu l'image de quatre Ḥaïot [bêtes] ; et voici leur aspect, elles avaient figure humaine. (11) »
Le Zohar écrit : « l'homme comprend tout [et tout est incorporé en lui comme il est écrit : ''une forme de trône, et sur cette forme de trône une forme ayant apparence humaine par-dessus'' (12)] »
Il écrit encore : « ''Et l'image de leurs visages [le visage d'un homme]'' le visage de l'homme les comprend tous et tous sont incorporés en lui. (13) »
(Et la racine de la racine de l'homme provient de « l'homme qui est sur le Trône » comme on l'a vu en P1C6.)
La source et la force vitale des quatre Ḥaïot provient du monde qui est au-dessus d'elles, et ainsi de suite jusqu'au plus haut du plus haut.
Le Zohar à nouveau : « Nous avons appris ce secret sublime, qu'il y a quatre Ḥaïot intérieures, au sein du saint Sanctuaire, et ce sont les premières, anciennes et cachées parmi toutes les Saintes anciennes cachées. Nous avons appris que, de même qu'elles sont dans les royaumes supérieurs, elles sont également présentes dans les niveaux inférieurs en dessous d'elles, et il en va de même de tous les mondes, elles forment toutes une unité [interconnectée] chaque niveau étant connecté au suivant comme au précédent. (14) »
« Il y a les Ḥaïot qui entourent le Trône du monde de Bériyah, et il y a celles de Yétsirah, et il y a les quatre Ḥaïot des quatre éléments (15)»
Voyez le Èts Ḥayim à ce sujet (16).
La source ultime de ces éléments réside dans les quatre lettres du Tétragramme. Ce sont là les sources primaires, le secret de la foi, le père de tous les mondes, selon le Zohar (17).
Il en va de même de tous les détails des forces et des espèces : chacune provient d'une source, et cette source a une source qui monte au plus haut des hauteurs, comme l'enseignent Ḥazal : « Il n'est pas un brin d'herbe qui ne possède un mazal (18) qui le frappe en lui disant : ''Pousse !'', comme il est écrit : ''Connais-tu les lois du Ciel ?'' (19) »
Voyez le Zohar pour davantage de détails (20).
Cette étoile et ce Mazal forment l'âme intérieure et la force vitale et la source de la plante, dont elle reçoit la force qui lui permet de pousser, et qui est son Néfesh, comme on le sait.
La source et l'âme de ce Mazal, c'est l'ange nommé sur elle, d'où elle reçoit la force de croissance qui permet à la plante de pousser, comme le dit le Zohar : « au-dessus de cette étoile se trouve un préposé qui sert devant HaShem. (21) »
La source de l'âme de cet ange vient du monde qui est au-dessus de lui.
C'est pourquoi les anges sont tenus par serment [d'agir] avec leurs noms (22), car leurs noms sont l'âme, la force vitale et la lumière de cet ange dans le monde, et la force du niveau qui leur est supérieur, et qui l'illumine et cause son existence.
Voyez ce que dit le Zohar : « Tous ces saints anges au-dessus n'existent et ne peuvent exister sans la sublime Lumière qui les illumine et les maintient [à l'existence]. Si cette Lumière sublime devait cesser d'exister, ils cesseraient [également] d'exister. (23)»
Voyez aussi le Èts Ḥayim : « Les anges sont des réceptacles (24) et leurs noms sont leur essence et l'intériorité de leur âme. Le nom opère en eux et les guide dans le sens voulu, exactement comme l'âme guide le corps. Le processus est le même pour tous les niveaux interconnectés, jusqu'au plus haut niveau. (25) »
La même chose est vraie de toutes les âmes dans tout l'univers : chaque âme est enracinée et reçoit sa force vitale de l'âme du niveau de monde placé au-dessus d'elle, qui devient l'âme de l'âme, et ainsi de suite.
HaShem est Éloqim, le Tout-Puissant, et Il est l'âme, la force vitale, et la racine ultime de toutes les forces, comme il est écrit : « Tu donnes la vie à tous les êtres (26) », littéralement de manière continue (27), c'est pourquoi Il est appelé « l'Âme des âmes (28) » et « la Racine de tous les mondes (29) »

1 Notamment en P3C7.
2 Le reste du présent chapitre et la moitié du suivant sont en vérité consacrés à l'explication du nom Éloqim. L'explication du Tétragramme commencent au milieu de P3C11.
3 « בַּעַל הַכּוֹחוֹת כֻּלָּם » littéralement « Maître de toutes les forces. » voir P1C2, Note 2 et P1C21.
4 C'est le concept de Qav, le rayon (ou la ligne) qui relie le supérieur à l'inférieur comme définis par le Ari. V. P3C7.
5 Les quatre éléments sont la terre (la poussière), le vent, l'eau et le feu. L'idée de ces quatre éléments est très ancienne dans toutes les sources juives, et s'est répandue dans de nombreuses traditions philosophiques. Les plus anciennes références chez les non-juifs datent d'au moins six-cents ans avant la compilation du Talmud et du Zohar. Pour de nombreuses générations, ces éléments classiques étaient compris « scientifiquement » comme les composants élémentaires de la matière. En termes contemporains, on pourrait parler des états de la matière, soit les solides (la terre), les liquides (l'eau), les gaz (le vent) et l'énergie (le feu). Comme l'expliquent de nombreux commentaires, ces éléments constituent la base de la Création originelle, comme le suggère le verset (Béreshit 1,2) : « וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ, וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם; וְרוּחַ אֱלֹקִים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם » - Haarets (la terre) était tohou vavohou véḤoshesh (compris comme : le feu) 'al péné téhom, véRouaḥ (le vent) Éloqim méraḥéfet 'al penei haMayim (l'eau) ; voir Rabbénou Béḥayé, Sforno, Malbim. Une source possible pour ce commentaire : Zohar Hadash I Béreshit 11b.
Le Rambam met l'accent sur ces éléments dans Mishné Torah, Séfer Hamada, Hilkhot Yessodéi haTorah, chap.4. La littérature kabbalistique (comme le Séfer Yétsirah et le Zohar haQadosh) se relie à la nature essentielle de ces éléments et, entre autres idées, assigne aux éléments les caractères humains auxquels ils sont liés. Ainsi la colère et l'orgueil sont-ils associés au feu, la luxure et le désir à l'eau, la désinvolture et la superficialité au vent, la paresse et la dépression à la terre.
6 «א־ר־ג־מ־נ » littéralement « violet », terme qui désigne les tentures pourpres utilisées pour la fabrication du Mishkan. Dans notre contexte, c'est une référence aux cinq anges (dont deux sont une variante d'un seul) : א Ouriel (la terre) ; ר Rafaël (le vent) ; ג Gavriel (le feu) ; מ Mikhaël (l'eau) ; נ Nouriel (la poussière).
Ouriel et Nouriel sont liés l'un à l'autre, leur seule différence étant la première lettre de leur nom (certaines sources associent le vent à Ouriel/Nouriel, et la terre/poussière à Rafaël.)
7 La Merkava (le « char » divin) comporte quatre faces représentant des animaux qui contiennent la racine des âmes de tous les êtres créés dans le monde physique : le lion (pour les animaux sauvages), le bœuf (pour les animaux domestiques), l'aigle (pour les oiseaux), et l'homme. Chacune de ces visages représente le roi de sa catégorie.
8 Zohar III Pinḥas 240b.
9 Ḥaguiga 13b.
10 Midrash Rabba Shémot 23,13 : « Rabbi Avin dit : Quatre espèces honorées ont été créées dans le monde. L'homme est élevé au-dessus des créatures ; l'aigle est au-dessus des oiseaux ; le bœuf est élevé au-dessus des bêtes domestiques, et le lion est élevé au-dessus des animaux sauvages. Chacun d'eux prit la royauté, et reçut [l'attribut de] grandeur, et ils figurent sous le char divin comme il est dit : ''Quant à la forme de leurs visages, elles avaient toutes quatre une face d'homme et à droite une face de lion, toutes quatre une face de taureau à gauche et toutes quatre une face d'aigle.'' (Yéḥezqel 1,10) Et pourquoi en est-il ainsi ? Pour empêcher qu'elles ne s'enorgueillissent dans le monde, et pour qu'elles sachent que le Royaume céleste règne sur elles. »
11 Yéḥezqel – Ézéchiel 1,5 : « וּמִתּוֹכָהּ-דְּמוּת, אַרְבַּע חַיּוֹת; וְזֶה, מַרְאֵיהֶן-דְּמוּת אָדָם, לָהֵנָּה ».
12 Zohar II Yithro 80b qui cite Yéḥezqel 1,26.
13 Zohar III Tazriya 48a et Zohar III Bamidbar 118b, et Zohar Ḥadash I Yithro 64b. Toutes ces sources vont dans le sens du même argument : l'homme est placé au somment de la Création, et il incorpore tous les éléments constitutifs des mondes et de toutes les créatures, comme en témoigne le fait qu'il est la figure dominante de la Merkava, le saint Char céleste. C'est pourquoi il a vocation, s'il se conduit selon la Volonté divine, à dominer la Création.
14 Zohar II Yithro 82b.
15 Raya Méhemna sur la Parachat Pinḥas 257b (la citation est approximative, il semble que Rabbi Ḥayim ait paraphrasé le passage du Zohar.)
16 Èts Ḥayim Sha'ar 50, Sha'ar Kitsour ABY''A : « Sache que dans chaque monde, il y a quatre animaux correspondant aux quatre lettres du Tétragramme, et qui incorporent les dix Sefirot de ce monde ; comprends cela. Dans chaque monde ils sont appelés lion, bœuf, aigle et homme, avec les quatre anges dont les initiales sont ARGM''N (א־ר־ג־מ־נ) […] À présent, nous allons expliquer le concept des capacités de l'âme humaine, qui possède les quatre éléments.
17 Zohar II Waéra 23b : « Rabbi Shim'on dit : viens et vois les sources primordiales [c'est-à-dire le Tétragramme] qui sont le secret de la foi, et elles sont le père de tous les mondes, le secret de la sainte et sublime Merkava. Elles sont les quatre éléments feu, eau, vent et poussière. » (voir P1C2, Note 1)
18 Littéralement « une constellation », mais on pourrait dire « un ange » ou une force cosmique préposée à cette tâche.
19 Béreshit Rabba Béreshit 10,6 citant Iyov 38,33 : « Est-ce toi qui fais paraître les planètes en leur temps et qui diriges la Grande-Ourse avec ses petits ? Connais-tu les lois du ciel ? Est-ce toi qui règles sa force d'action sur la terre ? »
20 Zohar II Térouma 171b : « Il n'est pas de plus petit brin d'herbe dans le monde entier qui n'ait une étoile et un Mazal dans le ciel qui le contrôle, et au-dessus de cette étoile se trouve un préposé qui sert devant HaShem. »
Zohar III Qédoshim 86a : « Viens et vois, lorsque HaShem créa le monde, il nomma des anges [des forces cosmiques] sur lui, et il n'est pas de petit brin d'herbe qui n'ait son ange au-dessus de lui, et tout ce qu'il fait n'est fait que selon les instructions de cet ange qui lui est préposé. »
21Voir note précédente.
22 Voir Rashi sur Béreshit 32,30. L'ange demande à Ya'aqov : « Pourquoi demandes-tu mon nom ? » Rashi commente : « Nous n'avons pas de nom immuable. Nos noms changent suivant les missions dont on nous charge (Béreshit rabba 78, 4). »
23 Zohar III Balaq 208a.
24 « כֵּלִם », des ustensiles, sans autonomie ni libre arbitre.
25 Èts Ḥayim Sha'ar 43, Tsiour 'Olamot ABY''A, introduction : « Sois attentif à ce principe, et comprends qu'en tout lieu où l'on rencontre des anges dans les chambres de Bériyah, Yétsirah et Assiyah, ce sont les membres d'un corps ou le vêtement de cette chambre. » Èts Ḥayim Sha'ar 43, Tsiour 'Olamot ABY''A, chap. 1 : « Il y a l'essence et les ustensiles. L'essence : ce sont les noms spécifiques qu''ils possèdent dans leur espace. Les ustensiles : ce sont les anges. Èts Ḥayim Sha'ar 44 Sha'ar haShémot, chap.2 : « Mais les chambres elles-mêmes, les Ofanim, et les anges sont tous au niveau des dix ustensiles. »
26 Néḥémiah – Néhémie 9,6 : « וְאַתָּה מְחַיֶּה אֶת-כֻּלָּם »
27 Le terme « מְחַיֶּה » est au présent, et signifie « continuellement ».
28 Zohar I Béreshit 45a.
29 Zohar Introduction 11b.
