3.11

Lui et Sa Parole sont Un ; le Tétragramme et Éloqim sont un seul et même Être.

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Ce concept (1), comme on l'apprend du Zohar (2), c'est que Lui et Sa Parole sont Un.

Chacune des paroles de la Création, [du type] : « Il parla et [la chose] fut » (3), est l'âme et la force vitale de chaque chose créée qu'elle servit à créer, y compris les nombreuses myriades d'espèces qu'elles comprennent, en même temps que les constellations qui leur sont assignées, et les anges désignés au-dessus de ces constellations, ainsi que la source, et la source de la source, qui se déploie vers le haut, jusqu'au plus haut niveau de chaque monde.

Depuis le moment [de la Création] jusqu'au terme des jours de l'univers, « Sa Parole se maintient (4) » au sein de chaque [entité créée] pour la baigner de lumière, et être la cause de son existence perpétuelle, avec tous ses détails, ses changements, ses agencements.

C'est pourquoi, dans chacune des déclarations créatrices (5), c'est le nom Éloqim qui est utilisé exclusivement. C'est que chaque parole est la force de l'entité créée, et de toutes les espèces en elle, qui ont été créées avec elle. Elle est [également] l'âme qui se déploie à travers l'essence intérieure de chacun des détails de tous ses composants.

Néanmoins, à présent [une fois ces créations advenues], « nos yeux de chair ne peuvent percevoir (6) » comment, de quelle manière Sa Parole agit en elles.

Dans les temps futurs cependant, le verset dit : « La gloire de HaShem va se révéler, et toutes les créatures, ensemble, en seront témoins : c'est la bouche de HaShem qui le déclare. (7)»

Cela signifie que notre perception sera affinée au point que nous mériterons de percevoir, et même de voir physiquement le concept de la Parole divine qui imprègne toute chose dans l'Univers, comparable à la perception qui exista au moment du don de la Torah, comme il est écrit : « et tout le peuple vit les voix. (8) » (9)

Cette idée est également exprimée dans l'enseignement de Ḥazal : Il faut comprendre que que ce monde n'est pas comme le Monde à venir. Ce monde s'écrit Youd Hé mais se lit Aleph Daleth, tandis que le Monde à venir s'écrit Youd Hé et se lit Youd Hé (10).

C'est la même idée qu'on trouve dans le verset : « ton Guide ne se dérobera plus à ton regard, tes yeux pourront voir ton guide. (11) »

Ainsi que l'enseigne le Zohar : « Les ailes, ce sont des voiles pour couvrir secrètement les Noms. » (12)

C'est pourquoi HaShem a fait commencer les dix paroles par « Je suis HaShem qui est ton Éloqim (13) », ce qui est le fondement de notre foi. Chaque Juif doit faire entrer en son cœur que seul HaShem détient tout pouvoir, et qu'Il est son Âme, sa Force vitale et son Essence, [ainsi que l'Âme, la Force vitale et l'Essence] de toutes chose créées, de toutes forces, et de tous les mondes.

C'est là l'idée et l'explication du Nom Éloqim, qui signifie : le Maître de toutes les forces (בַּעַל הַכּוֹחוֹת כֻּלָּם).

Néanmoins, il faut comprendre le sens de ce Nom, Éloqim, à savoir que les mondes et les forces, qui sont renouvelées selon la sublime Volonté de HaShem, ont une existence réelle. HaShem a dissimulé [Sa Lumière] pour former un espace (un Maqom), si l'on peut dire, pour faire exister les forces et les mondes. Mais HaShem est l'Âme et la source ultime de la force vitale qu'ils reçoivent de Lui, et qui est diffusée et dissimulée en eux, si l'on peut dire, de la même façon que l'âme est présente dans le corps d'un homme. Bien qu'elle soit également distribuée dans chacun de ses membres, on ne peut pas dire que le corps soit annulé par rapport à elle, au point qu'il semblerait n'avoir aucune existence.

Il en va de même pour chaque puissance supérieure qui se manifeste en tant qu'essence et force vitale du monde qui lui est immédiatement inférieur. Cela ne signifie pas que la force, et le monde en-dessous d'elle n'aient pas leur propre existence, et cela uniquement selon notre perspective et notre perception, comme on l'a expliqué (14).

Cependant, le Nom associé à l'Essence divine, le Tétragramme, est lié au concept de la perspective divine, comme on l'a expliqué.

Bien que le Tétragramme soit également lié à la relation que HaShem, selon Sa Volonté, entretient avec les mondes, il reste que l'Essence du Maître infini et unifié n'a aucune commune mesure avec les mondes créés, et qu'aucun nom ne peut appréhender [ce concept] même par une vague approximation. Et malgré le fait que l'existence des mondes est totalement annulée devant Lui selon la perspective de ce Nom, c'est ce Nom qui s'approche au plus près du niveau qui est lié à la perspective divine.

C'est pourquoi on désigne le Nom de Son Essence par l'expression « le Nom unifié. (15) »

C'est le sens du verset : « HaShem seul est Éloqim (16)», ce qui signifie que, indépendamment de toute différence de perception] de notre point de vue, il est désigné par Éloqim, et de Son point de vue, on le désigne par le Tétragramme (17). Néanmoins, les deux ne sont réellement qu'une seule et même entité, et le Tétragramme est identique à Éloqim, comme on l'a écrit au chapitre sept, où l'on a expliqué que Qav et Tsimtsoum sont un seul et même concept (18).

C'est également le principe général d'Unité exprimé dans le premier verset du Shem'a : « HaShem, qui est Éloqénou, HaShem est Un ! (19) »

Cela signifie qu'on doit se concentrer, d'un point de vue intellectuel, sur le fait qu'Il est Éloqénou, le Tout-puissant, la source et la racine de nos âmes, notre force vitale, et celle de toutes les créatures et de tous les mondes.

Et bien qu'Il ait créé et soit la Cause de l'existence des forces, des mondes et des créatures, de Sa perspective, Il est au niveau du Tétragramme et Il est Un, et il n'existe pas la moindre séparation, ḥas veShalom, qui « diviserait » Son Unité absolue qui emplit toute chose.

Même aujourd'hui (20), Il est appelé « HaShem » (le Tétragramme) et « Un » !

1 C'est-à-dire l'idée que la force vitale descend en cascade (הִשְׁתַּלְשְׁלוּת) d'un niveau au suivant des éléments de la Création, et provient du « Tout-Puissant », Éloqim, comme l'a expliqué le chapitre précédent.

2 Après avoir clos le chapitre 10 par la référence à la re-Création constante de toute chose, et cité le verset de Néḥémiah 9,6 : « Tu donnes la vie à tous les êtres », Rabbi Ḥayim fait à présent référence à Zohar I Béreshit 15b.
Ce Zohar explique que le mot « אַתָּה » (c'est Toi seul qui es HaShem) est composé des lettres Aleph, Tav et Hé. Aleph et Tav représentent toutes les vingt-deux lettres, de Aleph à Tav, et la lettre Hé relie les vingt-deux lettres ensemble. De cette configuration, le Zohar comprend que les lettres et HaShem (le Tétragramme) sont une seule Unité. C'est ce « אַתָּה », les lettres et HaShem qui donnent perpétuellement vie à toute chose.
Dans son commentaire du Séfer Yetsirah, le Gaon de Vilna cite ce Zohar. Il écrit : « Le concept du terme « אַתָּה » est appelé Malkhout (royauté). Car Aleph et Tav représentent les vingt-deux lettres de Aleph à Tav […] ensemble des lettres du début à la fin. Cela s'appelle « אַתָּה », et c'est le sens du verset : «אַתָּה-הוּא ה׳, לְבַדֶּךָ-את (אַתָּה) עָשִׂיתָ אֶת-הַשָּׁמַיִם שְׁמֵי הַשָּׁמַיִם וְכָל-צְבָאָם הָאָרֶץ וְכָל-אֲשֶׁר עָלֶיהָ הַיַּמִּים וְכָל-אֲשֶׁר בָּהֶם, וְאַתָּה מְחַיֶּה אֶת-כֻּלָּם - C'est Toi seul qui es HaShem ; [c'est Toi qui as fait les cieux et les cieux des cieux avec toutes leurs milices, la terre et tout ce qui la couvre, les mers et tout ce qu'elles renferment:] Tu donnes la vie à tous les êtres ».
Cela signifie que [les vingt-deux lettres] sont en relation avec le Hé (cinq), à savoir les cinq formes finales (ם־ן־ץ־ף־ך).
C'est le secret du Tétragramme : י־ה־ו est Zeer Anpin, et sa valeur numérique est 21, et 22 lorsqu'on ajoute la pointe du Yud qui vaut un, ce qui correspond aux vingt-deux lettres de l'alphabet. Le hé, dernière lettre du Tétragramme est Nukva [de Zeer Anpin, l'ultime manifestation de Malkhout, représentée par les lettres finales « ם־ן־ץ־ף־ך ».
Ces dernières sont liées à différentes parties de la bouche lorsqu'elles articulent ces groupes de lettres. Elles ont la même valeur numérique que ם־ן=Melekh, ץ=Malakh, ף־ך=Yimlokh, l'expression ultime de Malkhout, qui embrasse le passé, le présent et le futur. En tant que lettres finales, elles figurent toujours à la fin d'un mot, et elles en représentent par conséquent la manifestation ultime, le récipient final de l'épanchement, le lieu où se manifeste la Royauté, l'articulation de la Parole divine, qui crée constamment tout ce qui existe. Elles représentent la manifestation ultime du Tétragramme qui est Haya Hovéh VéYiyéh (Il a été, Il est, Il sera), transcendant le temps, et qui se révèle sous la forme de ce qui recrée constamment toute existence.
La Torah étant désignée comme la Parole de HaShem, de Aleph jusqu'à Tav, et HaShem et la Torah ne faisant qu'Un, il s'ensuit que Lui et Sa Parole ne font qu'Un. C'est particulièrement vrai des dix paroles de la Création, qui recréent toute chose constamment, comme Rabbi Ḥayim va maintenant l'expliquer.
Rabbi Ḥayim revisite et développe cette idée en P4C10. Il y explique que l'origine de la Torah et de la Parole divine se trouve dans le Monde de Malboush (le « vêtement »). Ce concept est emprunté aux enseignements du Ari haQadosh, tels qu'ils ont été rapportés par son disciple Rabbi Israël Saroug (et non dans les ouvrages de Rabbi Ḥayim Vital.)

3 Téhillim – Psaumes 33,9 : « כִּי הוּא אָמַר וַיֶּהִי – Car Il a parlé et [tout] naquit. »

4 Référence au verset « לְעוֹלָם ה׳- דְּבָרְךָ, נִצָּב בַּשָּׁמָיִם – À jamais, Éternel, Ta parole est immuable dans les Cieux. » (Téhillim 119,89). Le Midrash enseigne à ce sujet que la Parole divine se tient continuellement au sein des créatures. Chaque Parole créatrice est la cause de leur maintien à l'existence.

5 Avot 5,1.

6 Yéshayahou – Isaïe 44,18 : « לֹא יָדְעוּ, וְלֹא יָבִינוּ: כִּי טַח מֵרְאוֹת עֵינֵיהֶם, מֵהַשְׂכִּיל לִבֹּתָם – Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas ! Non, leur œil est trop obtus pour voir, leur cœur pour comprendre. »

7 Yéshayahou – Isaïe 40,5 : « וְנִגְלָה, כְּבוֹד ה׳; וְרָאוּ כָל-בָּשָׂר יַחְדָּו, כִּי פִּי ה׳ דִּבֵּר ». Nous avons adopté la traduction du Rabbinat.

8 Shémot – Exode 20,14 : « וְכָל-הָעָם רֹאִים אֶת-הַקּוֹלֹת ». Rashi cite la Mékhilta : « Il [le peuple] vit ce qui est normalement entendu, chose impossible ailleurs. »

9 Rabbi Ḥayim introduit ici la note 44, intitulée « Entends ce qui est vu et vois ce qui est entendu » et reproduite à la fin du présent chapitre.

10 Pessaḥim 50a. On peut expliquer que l'Essence de HaShem, figurée par les deux premières lettres du Tétragramme Youd Hé, est dissimulée dans ce monde-ci par une prononciation différente de l'écrit, à savoir Aleph Daleth (les deux premières lettres de la prononciation usuelle du Tétragramme : Ado-naï, qui fait référence à HaShem en tant qu'Il est notre Maître – Adone en hébreu.) En revanche, dans le monde à venir, Son Nom ne se dissimulera plus sous une prononciation différente. C'est ainsi que nous serons en mesure de voir Sa Parole, c'est-à-dire Sa Présence en toute chose.

11 Yéshayahou – Isaïe 30,20 : « וְלֹא-יִכָּנֵף עוֹד מוֹרֶיךָ, וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹאוֹת אֶת-מוֹרֶיךָ » Rashi interprète le mot « יִכָּנֵף » comme dissimulé, recouvert par le pan d'un vêtement. (Ce verset justifie également la coutume de fixer aux murs d'une maison juive les portraits des Sages d'Israël.)

12 Zohar ḥadash I Yithro 68a : « Les ailes, ce sont des voiles pour couvrir secrètement les Noms, et dans les temps futurs,le secret du Saint Nom ne sera plus dissimulé, et tous les hommes justes et droits connaîtront [le Nom divin, c'est-à-dire le Tétragramme] d'une manière révélée, et non par des descriptions. C'est le secret du verset : ''ton Guide ne se dérobera plus à ton regard, tes yeux pourront voir ton guide.'' » [le terme kanaf a le double sens d'aile ou de coin. Dans notre contexte, et conformément à la leçon de Rashi, il connote la dissimulation.]

13 Shémot – Exode 20,2 : « אָנֹכִי ה׳ אֱלֹקֵיךָ ».

14 Voir P3C5.

15 Le Professeur Gross rend l'expression « שם המיוחד » par « le nom spécifique. »

16 Dévarim – Deutéronome 4,39 : « כִּי ה׳ הוּא הָאֱלֹקִים ». Le Rabbinat traduit : « Reconnais à présent, et imprime-le dans ton cœur, que HaShem seul est Éloqim, dans le ciel en haut comme ici-bas sur la terre, qu'il n'en est point d'autres ! »

17 Le Gaon commente ainsi ce verset (Adéret Éliyahou sur Dévarim 1,6) : « ''HaShem notre Éloqim nous a parlé...'' La raison pour laquelle [Moshé] a ouvert [son long monologue rapporté dans le Séfer Dévarim] avec ces deux Noms divins, c'est qu'ils comprennent la Torah tout entière ainsi que tous les Noms, car HaShem est caché selon Son Essence, mais révélé selon Ses Actions. Par conséquent, nous formulons [selon la syntaxe acceptée] des bénédictions [dans un langage à la fois] de révélation et d'occultation. Le Tétragramme est associé à la perspective de l'Essence divine, tandis que Éloqim est lié à Sa Providence en faveur de Ses créatures. C'est pour cela que seul le Nom Éloqim figure dans le récit de la Création. »

18 Le Gaon commente ainsi le premier verset de la Torah (Adéret Éliyahou) : « Il existe deux dimensions dans tout acte [de création]. L'essence et la vie [de l'entité créée]. Son essence est créée par le nom Éloqim. Sa vie par le Tétragramme, comme il est écrit : '' וְאַתָּה מְחַיֶּה אֶת-כֻּלָּם – Tu fais vivre toute chose, constamment.'' (Néḥémiah 9,6). »

19 Rabbi Ḥayim introduit ici la note 45, intitulée « Baroukh Shem n'est pas une louange, mais HaShem l'accepte, aussi la disons-nous sans inquiétude » et reproduite à la fin du présent chapitre.

20 C'est-à-dire après la Création, où, de notre point de vue, les choses apparaissent comme séparées de Lui.

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