Note 45
« Baroukh Shem » n'est pas une véritable louange, mais HaShem l'accepte, aussi la prononçons-nous sans inquiétude.
On peut également comprendre l'enseignement de Ḥazal (1) au sujet de la formule « בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד – Béni soit le Nom de l'Honneur de Sa Royauté à tout jamais » [qui suit la proclamation de] l'Unité du Shém'a.
Nos Maîtres ont institué de dire cette formule à voix basse. Ils ont donné cette parabole, d'une princesse qui respire l'arôme d'un bouillon épicé [et qui lui fait envie. Si elle formule ce désir, elle se déshonore, parce qu'exprimer une attirance personnelle n'est pas digne de son rang royal. Mais si elle se tait, elle ressentira la souffrance de la frustration.]
Ses serviteurs lui amènent alors ce plat, silencieusement.
Ce mashal peut sembler étrange. La proclamation de la Bénédiction est certainement une grande louange [à HaShem ; pourquoi Ḥazal voudraient-ils comparer cette déclaration à la satisfaction d'un désir personnel inapproprié] ?
Il faut simplement dire qu'en vérité, cette formule n'est pas vraiment une louange !
Comment pourrait-on penser que c'est un éloge de dire d'un roi de chair et de sang qu'il règne sur des myriades de puces et de fourmis, lesquelles acceptent volontiers son empire ?
C'est encore bien plus vrai, et d'une manière incomparablement transcendante, en ce qui concerne la Sainteté de HaShem, et l'Essence de Son Unité absolue, qui n'ont absolument aucune commune mesure avec tous les mondes [créés], à tel point qu'ils sont sans la moindre conséquence vis-à-vis de Lui.
Par conséquent, il est certain qu'en vérité, ce n'est absolument pas une louange que de proclamer que Sa Royauté honorée sur les mondes et les créatures est bénie et glorifiée, puisqu'ils sont tous inférieurs, et de nulle conséquence quelle qu'elle soit vis-à-vis de Lui.
Néanmoins, HaQadosh Baroukh Hou, dans Sa Grandeur, fait preuve d'une grande humilité (2), et Sa Volonté a décidé qu'Il accepterait cette formule comme une louange de notre part.
C'est pourquoi Ḥazal ont usé de la métaphore du plat épicé, et décrété que cette formule devrait être récitée à voix basse.
D'après notre enseignement figurant plus haut, l'intention profonde de Ḥazal est la suivante : après avoir proclamé l'Unité [divine] dans le premier verset du Shém'a, à savoir qu'Il est Un, d'une Unité absolue, qu'il n'y a absolument rien d'autre que Lui, et que tout se passe comme si les mondes n'avaient aucune existence, comment pouvons-nous faire suivre une telle affirmation de la phrase « Béni soit le Nom de l'Honneur de Sa Royauté » sur les mondes, [ce qui suppose] que ces mondes existent (3), et qu'Il règne sur eux ? Une telle formule ne saurait constituer une louange par rapport à l'affirmation de l'Unité radicale de HaShem telle qu'elle est exprimée dans le premier verset.
Et pourtant, la Volonté divine a décidé que malgré tout, c'est avec cette louange que nous devrions Lui rendre hommage, car ce concept [de Royauté divine] est vrai de notre point de vue, [notamment] en ce qui regarde notre comportement, et que les fondements et les lois de notre sainte Torah sont entièrement bâtis sur ce principe, comme je l'ai écrit plus haut.
C'est pourquoi nous prononçons [cette louange] à voix basse.
On pourrait discuter cela sur la base de l'échange entre Rabbi Yirmiya et Rabbi Ḥiya bar Abba (4). Rabbi Yirmiya était assis devant Rabbi Ḥiya bar Abba [dont il était le disciple]. Il vit que Rabbi Ḥiya bar Abba prolongeait [l'articulation du] mot Un (אֶחָד) [à la fin du premier verset du Shém'a.] [Rabbi Ḥiya bar Abba] lui dit : après avoir reconnu la Royauté divine vers le haut, vers le bas et dans les quatre directions (5), [une telle reconnaissance intellectuelle] n'est plus nécessaire [dans la suite de la récitation du Shém'a.]
Cet enseignement pose une difficulté, dans la mesure où la notion de Royauté est associée au mot « Un (6)».
Mais là encore, il n'y a pas de contradiction, pour ceux qui connaissent les enseignements du Arizal, c'est-à-dire que la pensée divine initiale est tout entière reliée au secret de Malkhout (la Royauté) de Ein Sof. Il faut comprendre cela (7).

1 Pessahim 56a.
2 Yalqout Shim'oni Éqev Remez 856.
3 Voir note 48, à la suite de P3C14.
4 rapporté en Berakhot 13b.
5 La Halakha a retenu cet enseignement de Rabbi Ḥiya bar Abba, comme il est dit dans le Shoulḥan Aroukh, Oraḥ Ḥayim, 61,6 : « Il faut prolonger le daleth de Éḥad afin de proclamer la royauté de HaShem dans les cieux, sur la terre et dans les quatre directions du monde. » Le Mishna Beroura ajoute : « Il faut penser que le Saint, béni soit-Il, est Unique et règne dans les cieux, sur la terre et dans les quatre points cardinaux. »
6 Par définition, « Un » est un absolu, qui ne tolère aucun deux. La « Royauté », au contraire, le suppose, parce qu'elle requiert au moins deux êtres, le peuple étant une entité séparée du Souverain. Le concept de Royauté ne devrait donc pas être associé avec le premier verset du Shém'a, contrairement aux paroles de Rabbi Ḥiya bar Abba.
7 Le commencement même du processus de Création, qu'on désigne ici par la « Pensée divine initiale de Création » est en fait le premier Tsimtsoum, qui s'est produit au niveau de Malkhout de Ein Sof. C'est le point de départ de l'initiative divine en relation avec tous les mondes. Rabbi Ḥayim a déjà expliqué que, lorsqu'on s'adresse à HaShem, on ne peut le faire que dans le cadre de Sa relation avec les mondes (voir P2C4). Le point le plus élevé de la connexion de HaShem avec ce monde est le point de départ du processus de Tsimtsoum, au niveau de Malkhout de Ein Sof. Ce point est par conséquent la référence ultime, la plus sublime dont il nous soit possible de parler. C'est également le point où s'élaborent les pensées les plus subtiles au sujet de l'Unité divine. Lorsque Rabbi Ḥiya bar Abba se concentrait sur l'accomplissement de la Mitsva de contempler l'Unité divine par la récitation du premier verset du Shém'a, il réfléchissait sur le point de départ de la relation de HaShem avec les mondes, c'est-à-dire le niveau de Malkhout de Ein Sof.
