Note 44
Entends ce qui est vu et vois ce qui est entendu.
Sur ce fondement, il est possible de comprendre l'enseignement de Ḥazal sur ce verset (Shémot 20,14), qui dit [qu'au moment du don de la Torah, les Hébreux] ont pu entendre ce qui est vu, et voir ce qui est [habituellement] entendu.
Cela
signifie qu'à ce moment-là, toutes leurs facultés corporelles
s'étaient tellement annulées et leur perception s'était tellement
affinée que toute la réalité des choses sensibles et matérielles,
qu'auparavant ils percevaient par la vue physique, s'était désormais
effacée à leurs yeux. Ils ne les contemplaient plus du tout par le
sens de la vue et n'y portaient plus aucune attention.
À titre
d'exemple, si quelqu'un avait voulu leur faire comprendre les
réalités sensibles et matérielles, il aurait fallu les leur
décrire et « les faire entendre à l'oreille (1)»,
afin de leur faire savoir [intellectuellement] qu'elles existent
effectivement dans la réalité.
En revanche, les réalités
spirituelles, dont auparavant il fallait leur faire saisir le sens
par l'ouïe, ils les voyaient alors par le sens même de la vue, tant
leur perception était devenue merveilleuse.

1 Citation stylistique de Téhillim 18,45 : « לְשֵׁמַע אֹזֶן יִשָּׁמְעוּ לִי בְּנֵי־נֵכָר יְכַחֲשׁוּ־לִי ». L'expression לְשֵׁמַע אֹזֶן signifie littéralement : « à l'ouïe de l'oreille », c'est-à-dire « dès qu'ils en entendent parler », « sur simple information », sans expérience directe. C'est ce qu'explique Rashi : « לשמע אזן – אפילו שלא בפני אלא שישמעו שליחותי – À l'ouïe de l'oreille : même sans Me voir, il suffit qu'ils entendent parler de Moi ou de Mon message. »
