3.12
Les forces du mal sont des créations, qui n'ont aucun impact si l'on est concentré sur l'absolue Unité divine.
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C'est la même notion dont Ḥazal ont fait l'exégèse sur le verset : « que HaShem seul est HaÉloqim, qu'il n'en est point d'autre (1) » Rabbi Ḥanina dit : pas même la sorcellerie (2).
L'idée des actes de sorcellerie se déduit des forces d'impureté de la Merkava impure, et c'est le concept de la Sagesse de la Sorcellerie (3) que les membres du Grand Sanhédrin étaient tenus de maîtriser (4). Il s'agit de la connaissance des noms impurs et de l'essence des forces de la Merkava impure contenues dans leurs noms, qu'utilisent les adeptes de la sorcellerie pour se livrer à diverses activités, par invocation des forces de l'impureté, au travers des éléments de bien qu'elles recèlent, et qui attribuent la force vitale [nécessaire pour] faire advenir des phénomènes extraordinaires, qui contredisent l'ordre naturel des constellations.
Voyez à ce sujet la pensée du Arizal (5).
En effet, le Créateur, le Maître de toute chose, a fait en sorte que le concept des forces du mal soit au-dessus des forces naturelles qui proviennent des étoiles et des constellations. Pouvoir leur a donc été donné d'accomplir des actes qui peuvent d'opposer à l'ordre naturel des étoiles et des constellations, tel qu'il a été établi lors de la Création. Comme on le sait, HaShem confia à chaque force et chaque monde le contrôle de la force et du monde qui lui est immédiatement inférieur, « du côté où l'esprit dirigeait leur marche. (6) »
Ce
que Ḥazal ont voulu dire en expliquant que [la sorcellerie]
« s'oppose à l'Assemblée d'En-Haut », c'est que
HaQadosh Baroukh Hou a créé les forces de l'impureté de telle
sorte qu'elles ne puissent dominer l'agencement des forces qu'au
niveau des étoiles et des constellations.
En revanche, [la
sorcellerie] n'a aucun pouvoir, ḥas veShalom, de modifier la sainte
activité des forces de la sainte Merkava. Au contraire, en invoquant
ces noms, et les forces de la Sainteté, elles repoussent
inévitablement et immédiatement l'effet de la sorcellerie.
C'est ce qu'enseigne le Zohar haQadosh (7). Ceux qui connaissent les klipot [c'est-à-dire l'apparence négative qui recèle un noyau de bien] invoquent le Nom divin sur ces klipot, et annulent ainsi le décret [que ces klipot ont appelé]. Voyez le Arizal plus haut (8).
Car ils ne possèdent aucun pouvoir proprement dit, ḥas veShalom : il n'existe rien d'autre que Lui, le Maître de toute chose, et qu'en vérité, tout est plein de l'Essence de l'absolue Unité de HaShem, et que rien n'a d'existence en dehors de Lui, ni de pouvoir d'aucune sorte.
Il n'est [donc] aucune force d'impureté, ni de force d'aucun monde ou création d'aucune sorte.
C'est le sens de l'enseignement de nos Sages, à savoir qu'il « n'existe rien en dehors de Lui », pas même la sorcellerie (9) !
Ḥazal enseignent à ce sujet qu'une femme chercha à recueillir [secrètement] de la poussière sous les pieds de Rabbi Ḥanina [avec l'intention de le tuer par un moyen de sorcellerie]. Il lui dit, tu peux prendre cette poussière, mais ta manœuvre ne réussira pas, comme il est écrit : « il n'est rien d'autre que Lui. (10) »
Mais Rabbi Yoḥanan n'a-t-il pas enseigné que [les forces de l'impureté qu'on] appelle sorcellerie sont capables de s'opposer à l'Assemblée céleste (11) ? Le cas de Rabbi Ḥanina est différent, parce que son mérite était très grand (12).
Rabbi Ḥanina n'estimait certainement pas que le mérite associé à son étude de la Torah et à ses nombreuses bonnes actions le rende invulnérable aux manœuvres de la sorcellerie. Mais c'est l'idée que j'ai développée plus haut, à savoir que les forces impures ne détiennent aucun pouvoir propre, ḥas veShalom, mais que HaShem leur a attribué un pouvoir placé au-dessus des forces de l'ordre naturel des étoiles et des constellations, ce qui leur a donné la possibilité de modifier physiquement l'agencement de l'ordre normal des choses.
Cependant, sans HaShem, elles ne sont que néant et vide.
C'est pourquoi, bien que Rabbi Ḥanina ne se fiât pas au mérite de son étude et de ses bonnes actions, il savait et pouvait apprécier que sa foi était fermement ancrée dans son cœur, et qu'il n'est aucune force, ni quoi que ce soit d'autre en dehors de Lui.
Aussi s'attachait-il, dans la Sainteté de sa pensée, au Maître unique et tout-puissant de l'univers, qui emplit tous les mondes, de sorte qu'il n'existe aucun potentiel de contrôle de quelque force que ce soit.
Il était donc « assuré dans son cœur (13) » que les actes de sorcellerie qui tirent leur pouvoir de la Merkava impure ne pouvaient rien contre lui.
C'est le contenu précis de sa réponse : ta manœuvre ne réussira pas, comme il est écrit : « il n'est rien d'autre que Lui ».
En vérité, il s'agit là d'un concept aux merveilleuses propriétés, capable de repousser et d'annuler les effets des [mauvais] décrets décidés contre nous, ainsi que les intentions malveillantes d'autrui. Il les rend impuissants, et incapables d'exercer le moindre dommage, lorsqu'une personne l'adopte en son cœur et affirme que HaShem est le véritable Éloqim, qu'il n'existe rien d'autre, qu'il n'est aucune force à côté de Lui dans ce monde ni dans tous les mondes, que toute chose est emplie de Son Unité absolue. Si [cette personne] s'annule entièrement en son cœur [vis-à-vis de HaShem], de sorte qu'elle ne se préoccupe absolument pas [de l'effet malveillant] de quelque force, ou de quelque intention en ce monde, et si elle se soumet et attache la pureté de sa pensée au Maître Unique béni soit-Il, alors, HaShem annulera pour elle toutes les forces et toutes les intentions [malveillantes], de sorte qu'elles seront incapables de produire le moindre effet sur elle (14).
On trouve cette même idée dans le Zohar (15) ; il faut la comprendre : « Le quatrième commandement est de savoir que HaShem est Éloqim, comme il est écrit : ''Tu sauras aujourd'hui que HaShem est Éloqim'' et que le nom Éloqim est incorporé dans le Tétragramme. Lorsqu'une personne sait que tout est Un, et qu'il n'existe aucune séparation, même le sitra aḥéra (16) sera éliminé du monde (17).
En outre, « Tu formeras des projets et ils s'accompliront en ta faveur (18) », de sorte qu'il sera capable d'accomplir de merveilleuses actions, contre le cours naturel des choses.
Lorsqu'une personne soumet et s'attache à la pureté de son cœur, invariablement concentrée exclusivement sur HaShem, pour qui toutes [les possibilités] sont équivalentes, puisqu'à chaque instant, Il peut agir conformément aux lois naturelles, ou les contredire.
C'est ce qu'on apprend de Rabbi Ḥanina Ben Dossa, qui décrétait, et dont les actes se pliaient à sa volonté, [même] contre l'ordre naturel : « Celui qui dit à l'huile de brûler peut faire aussi brûler le vinaigre ! » Cela signifie que pour HaShem, toutes les possibilités sont équivalentes comme on l'a dit, et HaShem agit conformément à la volonté de Rabbi Ḥanina (19).
Le Talmud rapporte de nombreux autres merveilleux exemples [du même genre].

1 Dévarim – Deutéronome 4,35 : « אַתָּה הָרְאֵתָ לָדַעַת, כִּי ה׳ הוּא הָאֱלֹקִים : אֵין עוֹד, מִלְּבַדּוֹ ».
2 Ḥoulin 7b et Sanhédrin 67b.
3 « חָכְמַת הַכִּשׁוּף », le terme Ḥokhma, très polysémique, désigne, au niveau humain, une connaissance technique élaborée, comme l'habileté des artisans qui construisirent le Mishkan (Shémot 35,30-35). Mais il signifie aussi la sagesse au sens spirituel comme dans le verset : « רֵאשִׁית חָכְמָה יִרְאַת ה׳ » (Prémisse de la Sagesse : la crainte de HaShem – Téhillim 111,10). Pour la Qabbala, Ḥokhma est la deuxième Séfira (juste après Keter.) Elle représente l'intuition primordiale, le premier surgissement de l'idée, le point initial à partir duquel la réalité intelligible pourra être développée et structurée. La Torah elle-même est désignée par le terme de Ḥokhma. Comme on l'a vu au chapitre onze, c'est la Parole divine qui crée constamment le monde, et la Torah est Parole créatrice par excellence (voir la manière dont Rabbi Ḥayim développe ce concept en P4C10).
4 Sanhédrin 67b.
5 Èts Ḥayim Sha'ar 49, Sha'ar Klipat Nogah, chap. 4 : « Sache que les trois types de sorcellerie qui contredisent l'Assemblée d'En-Haut sont là, car le bien qui est en elles affecte leur apparence extérieure, qui est leur essence maléfique, et leur permet d'accomplir des actions merveilleuses. Comprends cela. C'est pour cela que le Sanhédrin a le devoir de connaître les détails des [phénomènes] de sorcellerie, comme l'enseigne le Tiqounéi Zohar. C'est le secret du Saint Nom qui a été placé dans la bouche de l'idole de Névoukhadnetsar, le secret de ''sa royauté placée au-dessus de tous les rois''. En effet, lorsqu'il invoqua la relation entre le bien et le mal, celui-ci fut amené à la vie, et c'est pourquoi elle dit : ''Je suis suis le seigneur ton dieu'', par [un acte de] pure sorcellerie, comme le mentionne le Tiqounéi Zohar.
6 Citation stylistique de Yéḥezqel 1,12 : « יִהְיֶה-שָּׁמָּה הָרוּחַ לָלֶכֶת יֵלֵכוּ » c'est-à-dire : en suivant l'ordre naturel des choses.
7 Tiqounéi Zohar Tiqoun 69 109a.
8 Ets Hayim Sha'ar 49, Sha'ar Klipat nogah chap.4 (v. note 1347).
9 Voir P2C9, au sujet de la génération de la dispersion.
10 Dévarim 4,35 : « אֵין עוֹד, מִלְּבַדּוֹ ».
11 C'est-à-dire que la sorcellerie peut être efficace, bien qu'agissant contre la Volonté divine.
12 Ḥoulin 7b et Sanhédrin 67b.
13 Citation stylistique de Téhillim 112,7 : « נָכוֹן לִבּוֹ, בָּטֻחַ בַּה׳»
14 Rabbi Ḥayim introduit ici la note 46, intitulée : « Se concentrer sur HaShem malgré les difficultés adoucit les décrets sévères », et reproduite à la fin du présent chapitre.
15 Zohar Introduction 12a.
16 « סִטְרָא אַחְרָא, abrégé en הס״א – L'autre côté » fait référence au domaine du mal. Le mal est le domaine de ce qui est perçu comme n'étant pas D.ieu, quand en réalité tout est D.ieu. Lorsque dans ce monde nous croyons percevoir une part quelconque de notre existence comme quelque chose d'autre que D.ieu, nous nous trouvons dans le domaine de sitra aḥera, D. nous en garde. Inversement, comme on le voit ici, une profonde conviction que tout est D.ieu, et qu'il n'y a rien d'autre que Lui débarrasse le monde de sitra aḥera, et de tout ce qui agit comme un obstacle nous séparant de Lui (Voir P1C4 note 58.)
17 D'après le Séfer haḤinoukh (Iggéret haMéḥaber), cité également par le Bi'our Halakha (Oraḥ Ḥayim 1,1), une des six Mitsvot qu'un Juif est obligé d'accomplir constamment, c'est de concentrer son esprit sur l'Unité divine. La protection contre les forces du mal mentionnée ici est une des conséquences de l'accomplissement de cette Mitsva.
18 Citation stylistique de Iyov 22,28 : « וְתִגְזַר-אֹמֶר, וְיָקָם לָךְ ». Rabbi Ḥayim écrit לֹו (pour lui) où le verset porte לָךְ (pour toi).
19 Ta'anit 25a.
